Un artiste du monde flottant – Kazuo Ishiguro

De quoi parle le livre :

Ono Masugi est un artiste retraité dans le Japon d’après-guerre. C’est dans divers moments de sa vie que l’on découvre son passé, sa famille ainsi qu’une société japonaise qui tente tant bien que mal de renaître sur les ruines laissées par la défaite. Entre souvenir de jeunesse et les conséquences d’un tel passé, l’auteur nous présente une famille japonaise brisée par la guerre, une famille en reconstruction et plus encore, une famille vivant tant bien que mal dans un pays bouleversé. Ono est ici confronté non seulement au monde qu’il a toujours connu avec d’anciennes valeurs, ainsi qu’à une société renouvelée en profondeur par l’influence américaine et la jeunesse révoltée et souffrant de traumatisme de guerre.

Mon avis :

L’auteur nous livre ici un roman qui nous entraîne dans l’intimité la plus profonde d’une famille japonaise et d’une société en plein changement. Les traumatismes de guerre, les erreurs commises par l’ancienne génération et les reproches de la nouvelle sont au cœur de ce roman. Ces sujets sont d’ailleurs évoqués par le protagoniste quant à l’éducation de son petit-fils. Celui-ci est coincé entre une éducation traditionnelle avec ses traditions, ses jeux de rôle… et une éducation nouvelle portée par l’influence américaine flagrante. Vient aussi se mêler la question du mariage de la plus jeune des filles d’Ono Masugi. Celui-ci prend beaucoup d’importance puisqu’il ramène au présent les actions du père de famille qui, durant le conflit, fut l’un des principaux artistes en faveur de la propagande nationaliste.

J’ai tout simplement adoré ce livre. Ishiguro va à l’essentiel et raconte les choses d’une manière assez crue. Ce style renforce l’impression de distance qui existe au sein de la famille et prouve le talent de l’auteur. Il retranscrit à merveille l’esprit japonais quant aux règles de respect envers les parents et les aînés. De plus, même si cela peut paraître étrange et difficile à lire dans un premier temps, il ne faut pas oublier que l’histoire se déroule entre octobre 1948 et juin 1950. L’époque imposait cette distanciation sociale entre les personnes. Cet aspect du roman m’a d’ailleurs induit en erreur de par son réalisme. En effet, j’ai bien cru que cette histoire était autobiographique. Bien sûr c’est idiot car le personnage principal et l’auteur ne partage pas le même nom, mais puisque « un artiste du monde flottant » est écrit à la première personne, le nom du protagoniste n’est finalement que très peu évoqué. C’est l’une des raisons pour laquelle j’ai apprécié ce livre : le réalisme avec lequel l’auteur narre l’histoire est incroyable.

J’ai aussi beaucoup apprécié la réflexion que l’auteur a pu avoir sur la transmission du savoir. À plusieurs moments la relation maître/élève est évoquée aussi bien avec Ono en tant qu’élève qu’en tant que maître. Cet aspect est exprimé avec beaucoup de finesse, que ce soit la dette de l’élève envers le maître ou encore le moment où l’élève renie le maître pour s’émanciper et façonner sa propre identité d’artiste qui finira, à son tour, par devenir le maître d’un élève.

Enfin, j’aime tout particulièrement les passages relatant la jeunesse de l’artiste. Les concepts artistiques détaillés et la décadence du milieu artistique rendent à la fois l’histoire plus réelle mais aussi plus enivrante.

Notes : 8/10

Septembre 2002, 218 pages, Édition 10/18

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